A l'heure ou Honda réinvestit la catégorie des Rallyes Raids, il est instructif de se pencher à nouveau sur l'un des plus fameux prototypes de cette catégorie de machines : la Honda NXR . Dans les années 80, le Paris-Dakar attire à lui tous les projecteurs. D’une épreuve héroïque animée par des amateurs, les retombées grandissantes ont tôt fait d‘attirer l’appétit des constructeurs. Côté marché, les trails sont en haut de l’affiche, et l’image Dakar se décline dans la rue avec force gros (énormes) réservoirs et look de plus en plus Racing . Après avoir bataillé sur les pistes Africaines avec ses 550 puis 600 XLR issus de modèles de série, Honda a décidé de mettre tout son savoir-faire technologique dans une machine spécifiquement développée pour cette épreuve.

Le coup de maître

Fin 84, les ingénieurs du HRC interrogent le staff de Honda France qui connaît bien l’épreuve, pour enregistrer les critères essentiels d'un engin de désert. Techniciens comme pilotes dressent un tableau idéal de la bête à vaincre.

Courant été 86, Guy Coulon, présent à Suzuka pour la célèbre épreuve d’endurance, est convié à découvrir le fruit des études. Tout y est !

La NXR est un véritable prototype.  Bicylindre en V spécifique, châssis solide, grands débattements, courbe de couple régulière, poids réduit (128 kg !) pour  privilégier l'agilité… la NXR est la synthèse de chaque enseignement tiré des années monos et de l'étude des concurrentes !

Le moteur dont l’angle du V a toujours été tenu secret (45, 52 degrés ?), bénéficie d’un vilebrequin très «  spécial » selon les rares privilégiés à l’avoir vu.  Son calage évite les vibrations, tout  en profitant d’un comportement proche d’un V2 à 90 degrés avec un moteur ultra court et compact grâce aux cylindres resserrés. Dans tous les cas, il est au cœur de la naissance et du développement de la gamme de V Twin Honda qui vont s'étendre des customs aux machines urbaines ( Pacific Coast), basiques (NTV), trails (XLV, Transalp, Africa-Twin).  Une généalogie assez exceptionnelle  qui prouve encore une fois la capacité de Honda à s’appuyer sur la recherche au plus haut niveau pour dériver une technologie efficiente pour le consommateur .

Tout a été intelligement étudié, le double carburateur orienté vers l’avant, planqué sous le réservoir derrière des feuilles plastiques pour rester à l’écart du sable, un filtre à air recentré derrière la colonne de direction, un double réservoir arrière monobloc avec une seule outre souple de type aéronautique, un réservoir avant articulé « ouvrable » plus facilement pour la maintenance, un système de shunt pour court-circuiter un radiateur en cas de casse de l’un des 2 éléments, du magnésium pour alléger, etc… des détails par milliers : une deuxième béquille latérale à gauche permettait, positionnée dans un trou à l’avant du sabot, de changer la roue avant seul en surélévant l’avant de la moto, idem pour l’arrière avec un trou à l’arrière du sabot. Inhabituel, la latérale « normale » est à droite, aidant ainsi le pilote à démarrer au kick haut placé sur le bloc quelle que soit la position (dunes, etc...). Tout est  réfléchi ! Encore un exemple : la selle épaisse cache un logement pour une grosse trousse à outils sous le pilote, recentrant les poids.

Son haut niveau technique apporte des résultats dynamiques hallucinants : chronométrée à 186 km/h sur le sable, la NXR développe 74 chevaux, mais sa courbe de couple est exemplaire. Elle est « plate » de 3 à 7000 et permet ainsi de faciliter le pilotage sans martyriser les pneus !

En fait, son maître-atout est son homogéneité et sa capacité à rouler vite sans détruire ses bib mousses (mousses anti- crevaisons) comme le font les surpuissantes Cagiva par exemple.

Chaque pilote bénéficie d'une selle et d'une forme de guidon spécifiques. La position du guidon est réglable avec 2 choix de fixations des pontets sur le té de fourche.

Un concept bien né

Comme pour totues les machines d'exception, la NXR est d'emblée bien née, et les modifications  seront mineures, année après année. La première génération apparaît en 86 avec un tambour arrière et un double mégaphone hyper bruyant. La NXR corrigera le tir avec un silencieux et un disque arrière. La machine en photo est de la dernière année : 89.

La répartition de l’essence évoluera avec une augmentation de capacité de la réserve arrière, au profit d’un allègement du train avant.

Enfin, la première année, la machine avait une chasse variable mais, ensuite, les pilotes auront le choix d’une jante en 19 ou en 21 pouces à l’avant selon le profil des étapes : sable ou cailloux ! 

Le démarrage au kick est viril mais très facile, le son du moteur V2  de 780cc est proche d’une XLV,  et l’African Queen aura aidé par son image à vendre des milliers d’Africa Twin.

Etonnamment, pour un « monstre »  de cette taille et de cette hauteur, la NXR est facile à conduire. La machine révèle un excellent équilibre avec un poids très recentré.

La bête ne va pas tarder à marquer son territoire. Elle gagne à chacune de ses apparitions : 86, 87, 88 et 89 ! 4 fois d’affilée. 

Du pur Honda . 

Une légende

Le staff de Honda France réalisera meme une version light (un seul réservoir à l’avant plus de réservoir arrière, un seul radiateur, plastiques de 500 Cr), pour un rallye de Tunisie. Une véritable balle ! Invaincue, elle repoussera la concurrence à distance et écrasera l'adversité au Dakar. Présente 4 fois, elle gagne 4 fois ! Puis elle se retirera sans avoir connu de défaite. Il en a été construit une petite quinzaine, et seuls 2 exemplaires semblent avoir été conservés. Dont celui ici en photo et l’autre exposée au musée Honda à Motegi (n° 100 de la dernière victoire avec Gilles Lalay en 89) ! Une légende !

Les plus
  • Invaincue !
Les moins
  • Moto d'usine inaccessible
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