La moto de la semaine : Benelli 304

Actualité du 20/11/2019 par Philippe GUILLAUME
 

Cette semaine, j'ai essayé une Benelli 304 de 1984. Je vous explique pourquoi cette moto est importante.

C'était mieux avant ! Aujourd'hui, les 250, c'est lourdingue et ça n'avance pas vraiment ! Alors que dans le temps, au tournant des années 1980, l'ingéniosité des motoristes et concepteurs, c'était vraiment autre chose. Tenez, prenons le cas de cette Benelli 304, par exemple, dont on prend les paris que bien peu d'entre vous en ont vu une rouler pour de vrai. Voici une machine plus légère qu'une 125 low cost de 2019 : 125 kilos, admirez la prouesse. Ensuite, elle est motorisée par ce qui est le plus petit quatre cylindres en ligne de série au monde, et ça, c'est un vrai challenge et ça apporte au moins la satisfaction intellectuelle de rouler sur quelque chose de vraiment spécial ! Bref, voici une vraie et belle rareté, au sens le plus noble du terme. 

On rappellera à nos jeunes lecteurs que Benelli (revenu sur le devant de la scène avec les très réussies 500 Leoncino, par exemple) n'avait pas de problèmes de légitimité à produire ce type de motos : la firme de Pesaro avait déjà produit, avant la guerre (la seconde) une machine de GP, un 250 4 cylindres 4-temps qui développait, grâce à son compresseur et à son refroidissement liquide, 52 ch et pointait à 225 km/h ! Et ce, 20 ans avant que Honda n'engage une 250 4-temps en GP... On rappellera aussi que Benelli a été champion du monde GP250 en 1969, avec un 250 quatre cylindres à 8 vitesses et qui prenait 16000 tr/mn. 

Benelli 304, sa vie, son oeuvre

Pour comprendre la genèse de la 304, il faut remonter à la 254 ! Benelli, alors sous la coupe de l'industriel italo-argentin De Tomaso (celui des bagnoles du même nom) veut contrer les japonais sur tous les segments de marché. Ainsi, dès le milieu des années 70, Benelli se lance dans la conception d'une gamme complète (125 Twin, 500 Quattro) et entre les deux, la 250 4 cylindres a toute sa place. En réalité, l'appellation "254" n'est que du marketing, car le plus petit quatre cylindres en ligne du monde ne cube en réalité que 231 cm3. Bien entendu, De Tomaso souhaitait commercialiser les mêmes motos, avec une esthétique à peine modifiée, sous le blason Moto Guzzi. La 254 sera arrêtée en 1981, mais la 304 réapparait en 1983 (avec un design moins futuriste, un cadre et des freins revus, une nouvelle rampe de carburateurs), jusque 1986, mais des invendus ont été dans les concessions jusque 1990. Deux coloris ont été produits : rouge à filets jaunes, ou blanc à filets bleus. 

Benelli 304 : trois choses qui m'ont fait kiffer

Ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de rouler au guidon d'une machine aussi particulière. Voici donc trois choses qui m'ont fait kiffer lors de cet essai : 

  • Déjà, c'est une moto très menue : en gros, Benelli a collé le quatre cylindres (très compact, le bloc cylindres fait moins de 40 cm de haut) dans le châssis de la 125 Twin. La moto est donc fine, légère, on l'a dit, et pas trop prévue pour des grands gabarits comme le mien. Le look de la 304 est assez classique, mais celui du modèle d'avant, la 254, était plus futuriste, avec un dosseret de selle en biseau et un tableau de bord incrusté dans le réservoir. 
  • Le moteur n'est pas le poumon imaginé ! Certes, libéré côté échappement (les quatres sorties de ce modèle d'essai sont un accessoire), le quatre en ligne est assez vaillant, avec une sonorité vraiment sourde (gaz en grand, et en fermant un peu les yeux, on se croirait sur une 900 Bol d'Or, tellement les bruits d'admission sont présents !) et se montre déjà assez accomodant dès les mi-régime. En même temps, elle tourne court : 100 km/h en 5ème, on est déjà à 7500 tr/mn. Et a fond, c'est 150...
  • Côté châssis, c'est rigolo à défaut d'être rigoureux : les roues de mobylette donnent une excellente agilité, et l'engin étant un peu raide de partout, on a le sentiment que ça tient la route. Jusqu'à ce que l'on passe sur une bosse, et que l'on découvre une garde au sol limite et des amortisseurs arrière vraiment durs. Mais bon, en se baladant, elle reste plaisante... 

Une Benelli 304 aujourd'hui : combien, comment ?

Déjà, bon courage pour en trouver une, car l'engin n'a pas été officiellement importé en France. Les experts de la marque estiment qu'une petite dizaine d'exemplaires sont sur notre territoire. Il faudra donc aller vers l'Italie pour en trouver une, en partant du principe que si les pièces d'habillage sont difficiles à trouver, ce sera plus simple pour les périphériques (roues, suspensions, freins...), communs à de nombreux modèles transalpins. Le démarreur est fragile, l'électricité est capricieuse, et le réglage des quatre carburateurs ne se fait pas à l'arrache. Coté prix, vu la rareté des transactions, disons que ca vaut ce que l'acheteur est prêt à mettre pour rouler sur un engin vraiment exotique. Disons que, selon l'état, une fourchette de 2 à 4000 € semble raisonnable. La moto de cet essai a été vendue 4990 € par un pro, mais elle n'avait que 3400 km d'origine et était dans un état irréprochable. 

Quelques chiffres clé : 

  • 4 cylindres en ligne,  4-temps, 231 cm3, 44 x 38 mm
  • 4 carburateurs Dell'Orto, 18 mm
  • 27 ch à 10500 tr/mn 
  • 20 Nm à 9000 tr/mn
  • 125 kilos à sec
  • 150 km/h chrono 

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