En 1965, aux Etats-Unis, les jeunes rêvent de nouveaux horizons : cela tombe bien, Honda est à la conquête de nouveaux marchés… Essai de la CL450 Scrambler à la conquête de l'Ouest !

Dans les Sixties, l’insouciante jeunesse américaine, qui n'est pas encore partie au Vietnam, veut aller un peu plus loin que le Far West. Les routières anglaises sont limitées au goudron, on leur greffait de grands guidons, des pneus à tétines et en relevant les pots on pouvait arpenter d’autres pistes : celles en terre et en sable. Les scramblers sont en vogue. De simples préparations de particuliers, le phénomène va rapidement pousser tous les constructeurs à créer un modèle dans leur gamme. On conserve la puissance des 650 anglais, leur vitesse mais on y ajoute une polyvalence insoupçonnée.

De son côté, Honda est devenu le plus gros fabricant de deux-roues motorisés au monde. Sa plus grosse cylindrée est alors une 305 cm3 ! 

En 1965,  le leader mondial frappe fort et sort une Black Bomber qui va révolutionner le monde de la moto. En mars 65, Honda annonce une 450 avec double arbre en tête, ce qui est une révolution technique pour les motos du commerce. Certains ont cru à une blague quand Honda a annoncé également des carburateurs à dépression, des arbres tournant directement dans l’aluminium, un calage à 180 ° et un régime allant tutoyer les 9000 tours… Le tout pour une puissance de moto de course avec 43 ch pour 444 cm3 : quasi 100 chevaux au litre ! Incroyable, et forcément pas fiable pensent les observateurs.  

Et puis cette bizarre barre de torsion en lieu et place de ressorts de rappel des soupapes, non décidément, ça ne pourra pas marcher !

La CB 450 Black Bomber va précipiter la chute de l’empire britannique : premier double arbre de grande série, rapide (170 km/h), puissante (autant qu’une 650 avec un tiers de cylindrée en moins), mais surtout fiable et dotée d’un démarreur électrique... Mortel ! 

Il y a 50 ans

En 1967, ce moteur d’exception équipe un deuxième modèle au catalogue : un scrambler ! Dans la gamme Honda, les scramblers existent depuis 1962, mais là ce sera la version ultime avec le GROS moteur le plus performant. Quelques aménagements pour assouplir la bête : nouveaux carters, nouvel embrayage, carburateurs en 32 mm, (36 sur la CB), 43 ch à 8000 contre 45 à pour la CB dans sa deuxième version.

La version K5 de 1972 que nous essayons arbore de superbes silencieux relevés emblématiques des scramblers de la belle époque. Une double ligne qui parcourt la moto sur le côté gauche, toute chromée, superbe ! Réservoir rond, double selle large confortable, et guidon haut avec barre de renfort. Les pattes de phares sont chromées comme les garde-boue et les amortisseurs. Ça brille. A l’avant un magnifique frein à tambour double came et une roue de 19. 

Quarante-cinq ans après, force est de constater la qualité des constructions Honda : tout fonctionne, l’embrayage se manipule d’un doigt. L’instrumentation est simple mais essentielle (compteur – compte-tours et 4 voyants).

Une gueule et quel moteur !

Avec sa belle peinture et ses chromes, la CL 450 attire, et les sourires des passants sont un bon indice. Cette moto est sympa. La selle est basse et la moto petite quand on s’y installe, mais on est surpris de la trouver pesante en la relevant. La CL 450 vient de l’époque où le plastique n’existe pas (ce qui explique aussi son remarquable état de conservation 50 ans plus tard : elle pèse 188 kg à vide.

Demi-siècle ou non, la CL 450 démarre d’une pression sur le démarreur électrique. Un gros son sort du filtre à air, un son grave… ça promet ! 

Première, pas de klong ! Tout passe en douceur, course de l’embrayage ultra précise, et c’est parti. Le moteur se montre de suite plein et superbement souple  Deuxième, troisième le grondement de l’aspiration s’amplifie, et puis on veut vite voir ce que ça donne plus haut : ça pousse, et jusqu’à 9000 ! Ouaouh, quel caractère et quelle pêche ! 

A l’époque, les scramblers n’étaient pas des motos de minets au moteur édulcoré comme maintenant, on avait droit à de vrais blocs sportifs. Et ce 450 Honda n’est pas qu’une légende. Il envoie vraiment.

Homogène et performante

Avec ce moteur puissant et bien rempli, la CL 450 est très à l’aise dans la circulation moderne. Vivacité, maniablité avec le grand guidon, suspensions et freins suffisants à allure urbaine.  Et puis vous êtes à la mode... non, mieux, vous êtes authentiquement d’époque ! 

Evidemment, avec ce tempérament moteur on finit par attaquer sur petite route… Le double came avant va alors s’échauffer et les amortisseurs arrière se mettent à pomper. Il faut dire que le moteur incite à être déraisonnable ! Mais ça commence à vraiment aller vite pour une moto de 45 ans ! 

Ce qui surprend, c’est la polyvalence de la CL 450 : ville, route, balade, elle est si consistante qu’on oublie que c’est une ancienne. C’est une compagne incroyablement opérationnelle pour le quotidien. Celle-là, on a vraiment eu du mal à la lâcher à la fin de l’essai ! 

D’époque mais tellement à la mode

Superbe, fiable, puissante et souple, la CL 450 Scrambler est une moto classique que l’on peut utiliser sans craintes aujourd'hui. Comme les constructeurs ont fini par recopier leur passé, vous serez en plus parfaitement à la mode scrambler, mais au moins, celle-là a un vrai caractère. Essayez, et passez voir votre concessionnaire Honda pour qu’il demande une version modernisée au constructeur, ce serait sympa ! Et puis, elles viennent toutes des Etats-Unis puisqu’elles n’ont jamais été commercialisées en Europe, ça aussi ça a son charme !

Les plus
  • Vrai scrambler
  • Performance
  • Fiabilité
Les moins
  • Rare
  • Uniquement vendue aux Etats-Unis
Équipement
Vidéo:
La base : la CB 450

La Black Bomber (son surnom) a sidéré le marché de la moto à son arrivée en Europe en 1965… Alors plus grosse cylindrée jamais produite par Honda, technologie ultra évoluée, près de 100 ch/litre : ce moteur est une reussite et l’industrie anglaise vacille. Evidememnt la CB 750 et son 4-cylindres l’éclipseront bientôt, mais le 450 est beaucoup plus évolué que la grande 750 ! Sa carrière durera jusqu’en 1978 avec la CB 500 T.